Le livre du rire et de l’oubli

“Le livre du rire et de l’oubli” est un roman en forme de variations. Les différentes parties se suivent comme les différentes étapes d’un voyage qui conduit à l’intérieur d’un thème, à l’intérieur d’une pensée, à l’intérieur d’une seule et unique situation dont la compréhension se perd dans l’immensité. C’est un roman sur Tamina et, à l’instant où Tamina sort de la scène, c’est un roman pour Tamina. Elle est le principal personnage et le principal auditeur et toutes les autres histoires sont une variation sur sa première histoire et se rejoignent dans sa vie comme dans un miroir. C’est un roman sur le rire et sur l’oubli, sur l’oubli et sur Prague, sur Prague et sur les anges.

Quelques citations

Les femmes ne recherchent pas le bel homme. Les femmes recherchent l’homme qui a eu de belles femmes.”

Celui qui ne se soucie pas du but, ne demande pas où il va !”

“La mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse !

L’abolition de la coquetterie

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L’abolition absolue de la coquetterie et de l’impudeur

[...] Edwige n’acceptait pas les traditions qui pèsent sur l’homme comme un fardeau. Elle refusait d’admettre qu’un visage nu est chaste, mais qu’un derrière nu est impudique. Elle ne savait pas pourquoi le liquide salé qui nous goutte des yeux devrait être d’une sublime poésie tandis que le liquide que nous émettons par le ventre devrait susciter le dégoût.

Milan Kundera – Le livre du rire et de l’oubli

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L’ignorance

image Selon les propos de l’auteur lui-même, L’Ignorance n’est ni un roman politique, ni un texte autobiographique – même si le roman commence par la rencontre, dans un aéroport, de deux « dissidents » de l’Est réfugiés en Europe de l’Ouest, qui retournent pour quelques jours dans leur pays d’origine. L’ignorance, ici, ne fait pas allusion aux lacunes de la connaissance, mais précisément aux côtés inconnus de la nature humaine, qui ne se révèlent pas dans la fadeur du quotidien, cachés qu’ils sont derrière le « rideau de la normalité », mais qui surgissent au grand jour dans des situations historiques exceptionnelles – comme la période de la Terreur sous la Révolution française. À partir de cette notion d’ignorance comme lacune existentielle, Milan Kundera s’interroge sur la mémoire, et surtout sur l’oubli, qui à ses yeux prend le pas sur le travail de la mémoire : « De quoi je me souviens ? De très peu de choses. Et l’autre ne se souvient pas des mêmes choses. C’est donc une non-rencontre, mais qui est voilée par l’émotion. Mais, dès que la situation subit une vraie analyse, vous vous rendez compte de la présence de l’oubli.

Un p’tit extrait

Sur l’avenir, tout le monde se trompe. L’homme ne peut être sûr que du moment présent. Mais est-ce bien vrai ? Peut-il vraiment le connaître, le présent ? Est-il capable de le juger ? Bien sûr que non. Car comment celui qui ne connaît pas l’avenir pourrait-il comprendre le sens du présent ? Si nous ne savons pas vers quel avenir le présent nous mène, comment pourrions-nous dire que ce présent est bon ou mauvais, qu’il mérite notre adhésion, notre méfiance ou notre haine ?

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L’identité

imageL’histoire part d’un monde réel, fait de deux personnages amoureux et glisse petit à petit dans un monde imaginaire, à travers les sentiments et les voyages qu’entreprend le couple. La transition est si douce et fluide que l’on ne parvient plus à distinguer le moment précis où s’effectue cette transition entre le rêve et la réalité.

Chantal, femme de son temps, en arrive à la conclusion que les hommes ne savent plus séduire les femmes ; ce sont de gentils papas plus intéressés à faire voler un cerf-volant qu’à courir les jupons. Aucun homme ne pourra plus se retourner sur elle. Sciemment elle fait part de son inquiétude à Jean-Marc, son mari. Croyant à une crise due à la peur de vieillir, il s’emploie à jouer les admirateurs anonymes en lui adressant des lettres pour la réconforter. Ils se perdent…

Ce n’est, de loin pas, le meilleur livre de Kundera, mais n’en est pas mauvais pour autant.

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L’immortalité

image Il est particulièrement difficile de résumer ce livre, mais comme souvent dans les romans de Kundera on y retrouve des personnages fictifs représentants chacun de grandes idées. On retrouve également une parenthèse historique avec une partie de l’histoire du poète Goethe qui s’intercale parfaitement dans le roman et illustre très bien l’idée soutenue dans cet opuscule.

Kundera veut montrer les distinctions entre le soi et l’image de soi, qui seraient les deux composantes de l’individu. Si le soi est mortel, l’image peut, elle, aspirer à l’immortalité. Ainsi, l’auteur puise dans la grande culture européenne des exemples de cette course à l’immortalité (l’histoire de Geothe et, surtout, de Bethina).

Milan Kundera est, pour moi, un maitre à penser. Chaque lecture me fait grandir, évoluer, rares sont les livres qui apportent autant de choses sur le plan humain. Evidemment c’est un avis très personnel (mais qui est assez partagé quand même).

Pour le plaisir, quelques extraits

Car on ne peut considérer un geste ni comme la propriété d’un individu, ni comme sa création (nul n’étant en mesure de créer un geste propre, entièrement original et n’appartenant qu’à soi), ni même comme son instrument ; le contraire est vrai : ce sont les gestes qui se servent de nous ; nous sommes leurs instruments, leurs marionnettes, leurs incarnations.

Elle demanda donc à son père s’il lui arrivait de prier. Il dit : “Autant prier Edison quand une ampoule grille.

J’ose affirmer qu’il n’y a pas d’érotisme authentique sans art de l’ambiguïté ; plus l’ambiguïté est puissante, plus vive est l’excitation.

Je pense, donc je suis est un propos d’intellectuel qui sous-estime les maux de dents. Je sens, donc je suis est une vérité de portée beaucoup plus générale et qui concerne tout être vivant. [...] Le fondement du moi n’est pas la pensée mais la souffrance, sentiment le plus élémentaire de tous. Dans la souffrance, même un chat ne peut douter de son moi unique et non interchangeable. Quand la souffrance se fait aiguë, le monde s’évanouit et chacun de nous reste seul avec lui-même. La souffrance est la Grande École de l’égocentrisme.

Être mortel est l’expérience humaine la plus élémentaire, et pourtant l’homme n’a jamais été en mesure de l’accepter, de la comprendre, de se comporter en conséquence. L’homme ne sait pas être mortel. Et quand il est mort, il ne sait même pas être mort.

La honte n’a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais l’humiliation que nous éprouvons à être ce que nous sommes sans l’avoir choisi, et la sensation insupportable que cette humiliation est visible de partout.

Rien de plus inutile que de vouloir prouver quelque chose aux imbéciles.

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La lenteur

image Vera et Milan Kundera assistent à un colloque d’entomologiste se situant dans un château. Les petits drames du colloque donneront à Milan Kundera l’inspiration à diverses réflexions sur le monde moderne, qu’il mettra en liaison avec le récit d’un écrivain libertin du XVIIIe siècle, Vivan Denon, qui faisait dérouler l’action de son récit dans ce même château. Les divers récits s’entremêleront pour faire surgir la réflexion et les délires de l’auteur.

Ce roman au départ paraît décousu, on ne comprends pas ce qu’il s’y passe mais au fur et mesure l’histoire se tisse pour arriver à un grand, très grand n’importe quoi dans le dernier quart ! Pour vous faire une tout petite idée, jetez dont un œil aux extraits ci-dessous ;)

Pour le plaisir, quelques extraits

Cet extrait m’a particulièrement surpris, ce n’est pas vraiment dans les habitudes de l’auteur !

Vincent regarde Julie et, soudain, il est ensorcelé : la lumière blanche a conféré a la jeune fille la beauté d’une fée, une beauté qui le surprend, beauté nouvelle qu’il n’a pas vue d’abord sur elle, beauté fine, fragile, chaste, inaccessible. Et tout d’un coup, il ne sait même pas comment cela est arrivé, il imagine son trou du cul. […]

Rien n’est plus humiliant que de ne pas trouver de réponse cinglante à une attaque cinglante.

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L’insoutenable légèreté de l’être

L’insoutenable légèreté de l’être c’est le duel entre ce corps, bien souvent trop lourd (dans les moments difficiles) et cette âme, beaucoup trop légère. La légèreté de l’être (la liberté dans tous les sens du terme) et la pesanteur (rigidité, principes et difficultés) s’opposent, s’entremêlent et fonde L’insoutenable légèreté de l’être, l’un des derniers livres de Milan Kundera que j’ai lu.

L’histoire se déroule dans le contexte de la Tchécoslovaquie du Printemps de Prague, puis de l’invasion du pays par l’URSS. On y retrouve, comme souvent dans les romans de Kundera, des personnages fictifs représentants chacun de grandes idées. De grandes idées qui sont écrites de manière très abordable comme sait si bien le faire Maitre Kundera, je tenais à le préciser.

Le kitch selon Kundera

« Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable.» On trouve une critique du Kitsch qui est « la station de correspondance entre l’être et l’oubli ». Le Kitsch, soit ce qui est beau et 100 % acceptable, est par conséquent très artificiel et on n’en retrouve que par le biais de manipulations artistiques ou autres. Kundera le définit comme un voile de pudeur que l’on jette sur la merde de ce monde. Il est utilisé par toutes les grandes idéologies, il existe le « kitsch catholique, protestant, juif, communiste, fasciste, démocratique, féministe, européen, américain, national, international.»

Dieu et la création

Il s’agît d’un petit passage, mais ce dernier m’a particulièrement marqué (comme souvent lorsqu’il s’agît de théologie). D’ailleurs, après avoir lu plusieurs livres de Kundera je commence à m’apercevoir que ce dernier n’aime pas beaucoup la religion… ni l’Homme, mais je ne me risquerai pas à une explication ici même (car trop longue). Pour vous donner un aperçu de la vision de Dieu (le créateur) de Kundera voici un extrait du livre :

“De deux choses l’une: ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters!), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible.”

Si Dieu nous a fait à son image, il faut alors admettre que lui aussi se promène avec un usine chimique dans son ventre ;)

Citations

“L’amour ne se manifeste pas par le désir de faire l’amour (ce désir s’applique à une innombrable multitude de femmes) mais par le désir du sommeil partagé (ce désir là ne concerne qu’une seule femme).”

“Ce qui distingue l’autodidacte de celui qui a fait des études, ce n’est pas l’ampleur des connaissances mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi.”

“Comme on est sans défense devant la flatterie !”

“Le jeune homme qui court après la gloire n’a aucune idée de ce qu’est la gloire. Ce qui donne un sens à notre conduite nous est toujours totalement inconnu.

“Il est des choses qu’on ne peut accomplir que par la violence. L’amour physique est impensable sans violence.”

“L’homme ne peut jamais savoir ce qu’il faut vouloir car il n’a qu’une vie et il ne peut la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures.”

Le temps humain ne tourne pas en cercle mais en ligne droite. C’est pourquoi l’homme ne peut être heureux puisque le bonheur est désir de répétition.

Les amours sont comme les empires: que disparaisse l’idée sur laquelle ils sont bâtis, ils périssent avec elle.

Un jour, on prend une décision, on ne sait pas comment, et cette décision a sa propre force d’inertie. Avec chaque année qui passe, il est un peu plus difficile de la changer.

Ais-je besoin de vous préciser que j’ai adoré ce livre ?

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Mes dernières lectures en vrac (avril 2009)

Une liste de lecture assez hétéroclite :

Into the wild

Il s’agît du livre qui a inspiré le film du même nom. Une biographie de Christopher McCandless écrite par Jon Krakauer et publiée en 1996. Elle retrace l’histoire véridique de ce jeune homme qui avait troqué la civilisation pour un retour à la vie sauvage et y avait trouvé la mort.

Le livre alterne entre l’histoire de McCandless et une discussion sur les expériences de la nature sauvage de personnes telles que Everett Ruess, John Muir et John Menlove Edwards aussi bien que celle des aventures de l’auteur.

Je dois avouer avoir été vraiment très déçu par ce livre. En l’achetant je pensais en apprendre davantage sur la vie de McCandless mais, malheureusement, la biographie n’en dit pas long, voire beaucoup moins que le film…

Hygiène de l’assassin

Le premier livre d’Amélie Nothomb paru en 1992 est véritable petit chef d’oeuvre. L’affrontement entre une jeune journaliste et un écrivain (prix nobel de littérature) qui lui accorde un interview. L’écrivain est un obèse mâtiné d’un misanthrope de la pire espèce, acerbe, intolérant, provocateur et misogyne, qui ne supporte en rien les questions qui lui sont posées. En gros, un personnage incroyable et passionnant (tant il est détestable). J’ai l’impression que c’est la marque de fabrique des livres d’Amélie, les personnages de ses romans sont vraiment excellents !

Risibles amours

Un recueil de nouvelles de Milan Kundera qui, après la lecture de cette ouvrage, est devenu mon auteur préféré. Risibles amours est un recueil de 7 nouvelles sur le thème de l’amour et la fidélité, l’identité, l’être et le paraître, etc… Ce livre dresse un tableau des différentes facettes de l’amour avec une simplicité déconcertante. Les questions qui y sont posées, vous vous les êtes sans doute déjà posées ou alors en les lisant vous vous direz : “ah, ben ouais ! J’y avais pas encore pensé !” ou alors “tiens, j’avais pas vu cela sous cet angle”. En tout cas, après avoir fait lire ce livre à 5 personnes c’est les retours que j’ai pu avoir.

Le fait du prince

C’est le 17ème roman d’Amélie Nothomb, l’histoire d’un homme qui vole l’identité d’un inconnu. Nulle besoin d’en dire plus, une fois de plus c’est la façon de raconter l’histoire qui fait tout le charme de ce nouveau roman d’Amélie. Simplement une citation, que j’ai appris par coeur et mise en pratique depuis :

“Il y a un instant, entre la quinzième et seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate. Ce moment échappe au genre humain pour un motif médiocre : les êtres sont si pressés d’atteindre le comble de l’ivresse qu’ils noient ce stade fragile où il leur est donné de mériter la noblesse.”

Bilbo le Hobbit

C’est la première fois que je lisais un livre de ce genre et je dois avouer avoir été très bien surpris ! On se laisse très facilement porter par les aventures de Bilbo magnifiquement conté par Mr Tolkien. Ce livre est parfaitement indiqué pour les moments de lecture détente.

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La valse aux adieux (Kundera)

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L’histoire se fait sur le ton léger du vaudeville et se déroule entièrement dans une “ville d’eaux au charme suranné”. Les personnages se télescopent au gré des jours, le rythme s’accélérant tel une valse qui s’emballe. Les question les plus graves sont posées dans ce livre mais avec une incroyable légèreté rendant le récit encore plus passionnant. On y retrouve des questions sur l’amour, la jalousie, l’eugénisme, la mort, dieu, etc…

Pour vous faire un idée de l’ambiance du livre, en voici quelques extraits :

“Ceux qui n’ont pas pénétré assez loin dans le monde des plaisirs amoureux ne peuvent juger les femmes que d’après ce qu’ils voient. Mais ceux qui les connaissent vraiment savent que l’œil ne révèle qu’une infime fraction de ce qu’une femme peut offrir.”

“Avoir un enfant, c’est manifester un accord absolu avec l’homme. Si j’ai un enfant, c’est comme si je disais : je suis né, j’ai goûté à la vie et j’ai constaté qu’elle est si bonne qu’elle mérite d’être multipliée.”

“[...] si tout homme avait la possibilité d’assassiner clandestinement et à distance, l’humanité disparaîtrait en quelques minutes.”

“Les croyants ont un sens aigu de la mise en scène des miracles.”

“Le plus grand plaisir, c’est d’être admiré”

Un bouquin tout simplement passionnant et qui fait réfléchir !

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