L’immortalité
Il est particulièrement difficile de résumer ce livre, mais comme souvent dans les romans de Kundera on y retrouve des personnages fictifs représentants chacun de grandes idées. On retrouve également une parenthèse historique avec une partie de l’histoire du poète Goethe qui s’intercale parfaitement dans le roman et illustre très bien l’idée soutenue dans cet opuscule.
Kundera veut montrer les distinctions entre le soi et l’image de soi, qui seraient les deux composantes de l’individu. Si le soi est mortel, l’image peut, elle, aspirer à l’immortalité. Ainsi, l’auteur puise dans la grande culture européenne des exemples de cette course à l’immortalité (l’histoire de Geothe et, surtout, de Bethina).
Milan Kundera est, pour moi, un maitre à penser. Chaque lecture me fait grandir, évoluer, rares sont les livres qui apportent autant de choses sur le plan humain. Evidemment c’est un avis très personnel (mais qui est assez partagé quand même).
Pour le plaisir, quelques extraits
Car on ne peut considérer un geste ni comme la propriété d’un individu, ni comme sa création (nul n’étant en mesure de créer un geste propre, entièrement original et n’appartenant qu’à soi), ni même comme son instrument ; le contraire est vrai : ce sont les gestes qui se servent de nous ; nous sommes leurs instruments, leurs marionnettes, leurs incarnations.
Elle demanda donc à son père s’il lui arrivait de prier. Il dit : “Autant prier Edison quand une ampoule grille.
J’ose affirmer qu’il n’y a pas d’érotisme authentique sans art de l’ambiguïté ; plus l’ambiguïté est puissante, plus vive est l’excitation.
Je pense, donc je suis est un propos d’intellectuel qui sous-estime les maux de dents. Je sens, donc je suis est une vérité de portée beaucoup plus générale et qui concerne tout être vivant. [...] Le fondement du moi n’est pas la pensée mais la souffrance, sentiment le plus élémentaire de tous. Dans la souffrance, même un chat ne peut douter de son moi unique et non interchangeable. Quand la souffrance se fait aiguë, le monde s’évanouit et chacun de nous reste seul avec lui-même. La souffrance est la Grande École de l’égocentrisme.
Être mortel est l’expérience humaine la plus élémentaire, et pourtant l’homme n’a jamais été en mesure de l’accepter, de la comprendre, de se comporter en conséquence. L’homme ne sait pas être mortel. Et quand il est mort, il ne sait même pas être mort.
La honte n’a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais l’humiliation que nous éprouvons à être ce que nous sommes sans l’avoir choisi, et la sensation insupportable que cette humiliation est visible de partout.
Rien de plus inutile que de vouloir prouver quelque chose aux imbéciles.
Ces articles devraient également vous intéresser :


